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2011 octobre Le cannabis ne connaît pas la crise Imprimer Envoyer
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Cannabis, haschisch, marijuana, beuh, autant de noms donnés aux produits dérivés du chanvre et consommés par un nombre croissant de personnes à travers le monde. Enquête sur la consommation du cannabis au Liban.

Aujourd’hui, « le cannabis se démocratise », note Sarah*, 18 ans. Au point même que beaucoup de jeunes Libanais ne le considèrent plus comme une drogue. Ainsi, d’après un sondage réalisé par OJJ auprès de 200 Libanais âgés de 15 à 22 ans, 27,5 % d’entre eux ne pensent pas qu’il s’agit d’une drogue (même douce) et 33,5 % se prononcent en faveur de sa légalisation, à l’image des Pays-Bas. En effet, le ministère de la Santé de ce pays a permis depuis 2005 la vente libre de trois qualités de cannabis médical contenant des teneurs contrôlées en substances « actives ». Cette initiative avait principalement pour but de lutter contre le trafic et d’éviter aux consommateurs d’acheter au noir une drogue produite sans réglementation, et donc potentiellement dangereuse. Malheureusement, ces objectifs n’ont pas été totalement atteints.

 

D’après le même sondage, 30 % des jeunes Libanais interrogés affirment avoir déjà consommé du cannabis au moins une fois. Près de la moitié d’entre eux sont des fumeurs très occasionnels (47 % de ces jeunes ont consommé une fois par an maximum). Par contre, 30,5 % avouent en consommer plus d’une fois par mois et 22,5 % plusieurs fois par semaine. Des chiffres alarmants quand on sait que d’après un récent rapport de l’ONU, seuls 4,8 % des 25-48 ans ont pris des substances illicites au moins une fois dans leur vie. On ne peut donc que s’inquiéter pour la jeunesse du pays, et plaider pour une aide plus importante aux associations anti-drogue. L’État ne devrait-il pas concentrer ses efforts sur la prévention plutôt que sur la répression ? Ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ? 

Les effets du cannabis

Le plus souvent fumé en joint ou en narguilé, le cannabis procure des effets à courts termes tels que l’euphorie, la relaxation ou le sentiment de sûreté. Il est aussi utilisé dans certains pays où il  est autorisé, à des fins médicales pour lutter contre l’épilepsie, les dépendances psychiatriques ou comme antidouleur. Mais comme toute drogue, ses effets néfastes sont nombreux.

Outre certains symptômes tels que rougeurs des yeux, tachycardie et anxiété, l’impact sur le cerveau est important. En effet, consommer du cannabis altère la mémoire à court terme, diminuant les capacités d’apprentissage et perturbant les processus de mémorisation.

  

Peut-on arrêter facilement la consommation du cannabis ? Peut-on réellement la maîtriser ?

Témoignages

• Fadi*, 18 ans, partage son expérience brève avec le cannabis : « Il m’est arrivé de fumer des joints avec des amis. Comme l’effet était agréable, relâchement total du corps et déconnexion du monde pendant quelques instants, j’ai cherché à en reprendre. Ça m’a toujours procuré un petit effet relaxant, mais pas autant qu’à certains amis qui en consomment beaucoup plus. Comme mon but était juste d’expérimenter et que j’avais peur de tomber dans le cercle vicieux de la drogue, car je considère le cannabis comme une drogue faible, j’ai profité du fait de devoir présenter mon bac comme prétexte pour m’en détacher complètement. Il m’a fallu de la volonté, ça a été un peu dur de me dire que les sensations agréables que j’ai éprouvées ne reviendront plus mais je me suis fait à l’idée et je ne suis plus tenté de recommencer. »

• Karim*, 17 ans, consommateur régulier : « Je pense que le cannabis devrait être légalisé. Étant consommateur de cannabis depuis plus de 4 ans, j’ai appris à connaître cette “ drogue ”. Le cannabis calme, détend et fait partir plus loin. Il ne s’agit ici que d’un paradis artificiel mais que certaines personnes aimeraient connaître plus souvent. Je trouve qu’on devrait plutôt laisser chacun vivre comme il le souhaite. Chacun est maître de ses choix. Un consommateur de cannabis n’est en aucun cas dangereux pour la société. »

 

 

* Pour veiller à l’anonymat des témoins, leurs noms ont été changés. Toute ressemblance ou allusion est involontaire.

 

Interview avec docteur Samy Richa, psychiatre à l’Hôtel Dieu de France

 

Quels sont les effets du cannabis du point de vue biologique ?

Il y a plusieurs effets, dont deux principaux. Le premier, c’est que la prise de cannabis à long terme provoque un « syndrome amotivationnel », c’est-à-dire que la personne n’a plus envie de travailler, d’étudier ou de se concentrer. Le deuxième, c’est que le cannabis est l’élément déclencheur de schizophrénie chez les personnes prédisposées.

Le cannabis est-il moins toxique que la cigarette ?

C’est une idée très répandue chez les jeunes. Ils considèrent la cigarette plus toxique car elle touche les poumons et les vaisseaux. En fait, le cannabis est tout aussi toxique.

 

Peut-on mourir à cause du cannabis ?

Il n’y a pas d’intoxication directe au cannabis, mais on peut succomber indirectement et de plusieurs façons. Par exemple, la conduite automobile sous l’emprise d’une telle substance est très dangereuse, tout comme avec l’alcool. De plus, lorsque le fumeur de cannabis est obligé d’arrêter sa consommation (dans le cas d’une consommation importante), il va ressentir des angoisses, il sera agité, nerveux ; autant de troubles qui peuvent être graves. 

On dit que le cannabis détruit certaines cellules du cerveau, est-ce remédiable ?

À partir du moment où les cellules sont détruites – ce qui arrive après plusieurs années de prise de cannabis, la dégénérescence neuronale est irréversible, c’est-à-dire qu’on va perdre certaines fonctions du cerveau comme la mémoire, la concentration, l’attention ou la perception. 

Une consommation occasionnelle n’est donc pas dangereuse du point de vue biologique ?

Ça ne fait pas autant de mal mais en consommer de façon épisodique peut être un tremplin vers d’autres drogues. Cette consommation stimule dans le cerveau la dopamine, hormone du plaisir. Chez certaines personnes, cette stimulation va pousser à recourir à d’autres drogues, notamment les drogues dures.

Certaines personnes sont-elles plus vulnérables à la prise de cannabis ?

Oui, et comme on ne peut pas identifier ces personnes, il faut diminuer les risques en ne s’approchant simplement pas du cannabis, car il y a véritablement de gros risques.

 

Y a-t-il des signes visibles de consommation de cannabis ?

On remarque souvent une rougeur des yeux, une diminution de l’appétit, et un syndrome de négligence : corporelle, hygiénique et vestimentaire.

Considérez-vous le cannabis comme une drogue ?

Biologiquement, c’en est une. Il faut discerner ici deux sortes de dépendance. La dépendance physique qui ne s’installe qu’après plusieurs années de prise et la dépendance psychique immédiate qui en fait une drogue, car on a toujours envie d’en reprendre.

Peut-on réellement maîtriser sa consommation, comme l’affirment certains ?

Tous les consommateurs d’alcool, de tabac ou de drogue affirment cela, mais très souvent, ils ne contrôlent plus leur consommation et se tournent vers d’autres substances plus dangereuses. 

Dans ce cas, peut-on vraiment arrêter d’en consommer ?

Oui, souvent avec une aide psychologique. C’est d’ailleurs beaucoup plus facile que pour les opiacés (héroïne...).

 

Êtes-vous favorable à sa légalisation ?

Certains pays qui ont légalisé le cannabis remettent en question leur décision, car ils ont remarqué que la consommation a augmenté et que les personnes qui en prenaient déjà ont plongé dans d’autres formes de toxicomanies. La légalisation de la drogue n’a pas un but médical mais politique.

Que pensez-vous de la politique répressive de l’État libanais face aux toxicomanes ?

C’est une très mauvaise chose, parce que mettre en prison un toxicomane ne fait qu’aggraver sa situation. C’est d’ailleurs le cas dans tout le monde arabe, où l’on a malheureusement le plus haut taux de consommation suite à cette politique répressive.

Un toxicomane doit-il être considéré comme un criminel, une victime ou un malade ?

Comme un malade. Au Portugal, par exemple, les policiers arrêtent les toxicomanes pour  les conduire vers des centres d’aide psychologique plutôt qu’en prison.

Nous avons recueilli deux témoignages, dont celui de Fadi, qu’en pensez-vous ?

Le témoignage de Fadi est un cas assez rare. Il ne faut surtout pas le généraliser car très peu de personnes sont capables de contrôler leur consommation. 

Si un proche consomme du cannabis, que faire ?

Il ne faut surtout pas banaliser la situation mais lui conseiller d’en parler à son médecin de famille.

 

Pierre FARAH et Aya MCHEIMECH

 

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