| 2003/04/12 Les Kurdes |
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Les Kurdes, un peuple meurtri
Les Kurdes possèdent toutes les caractéristiques d’une nation, sans pouvoir disposer d’un Etat qui leur appartienne. Pour conserver leur identité, ils ont dû s’opposer à des gouvernements répressifs, la plupart du temps par la violence. Retranchés dans leurs chaînes de montagne, ils ont été pourchassés par l’armée irakienne, refoulés par l’aviation turque, affamés et réprimés en Iran. Zoom sur un peuple laissé-pour-compte.
Le Kurdistan est un pays sans frontières reconnues qui s’étend sur une vaste superficie de 500 000 mètres carrés. Ce territoire est partagé entre quatre Etats : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. C’est un milieu de hautes montagnes, aux hivers rudes. Les chaînes du Taurus et du Zagros dominent ce territoire traversé par deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate. Les vastes plaines sont fertiles et propices à l’agriculture. Le Kurdistan est également riche en pétrole, en chrome, en cuivre, en fer, en charbon et autres minerai. Cependant, pour diverses raisons notamment politiques, l’industrie existe peu. La population vit essentiellement de l’agriculture, de l’élevage et du petit commerce.
L’identité kurde
Les 18 millions de Kurdes se considèrent comme les descendants des Mèdes (VIIe siècle av JC) : ils constituent l’un des plus anciens peuples d’Asie Occidentale. Conséquence du partage politique : la langue kurde n’est pas unifiée, elle s’écrit avec des alphabets différents : alphabet latin en Turquie, cyrillique en ex-URSS, arabe en Syrie, Iraq et Iran. Ils ont aussi deux dialectes différents, le « sorani » parlé dans les régions centrales du Kurdistan et le « kurmandji » parlé ailleurs. C’est davantage la religion qui les unit. Ils sont à 90% musulmans sunnites.
Repères historiques du partage
C’est en 1639 qu’a lieu le premier partage territorial du Kurdistan entre l’Empire perse et l’Empire ottoman. Après la défaite des Turcs lors de la Première Guerre mondiale, les Kurdes ont fondé de grands espoirs dans la reconnaissance internationale de leur identité et ont été constamment en lutte contre les Etats auxquels ils sont rattachés. Deux tentatives de création d’un Kurdistan libre ont échoué. Le 10 août 1920, les alliés imposent à la Turquie la création d’une région autonome kurde, qui devait ultérieurement accéder à l’indépendance. La Turquie refuse, elle ne veut pas que l’Anatolie soit partagée. Résultat : en juillet 1923, le traité de Lausanne est ratifié et le droit des Kurdes à l’autodétermination leur est refusé.
Plus tard, la Grande-Bretagne qui a un mandat sur l’Irak rattache la ville kurde de Mossoul à l’Irak, et la France de son côté intègre à la Syrie, des zones de peuplement kurde. Cet arrangement franco-britannique se fait en échange de pétrole. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, une minuscule république kurde est créée dans le nord de l’Iran.Elle sera vite détruite sur ordre du Shah.
En 1974, l’Irak propose de bâtir le territoire kurde dans une région de laquelle on aura exclu les espaces riches en pétrole et les terres fertiles. Les Kurdes refusent.
En 1980, c’est le début de la guerre Irak – Iran. Elle prendra fin en 1988, année où Saddam Hussein mettra toute son énergie à détruire le peuple kurde. L’utilisation d’armes chimiques dans le village de Halabja va tuer des milliers de personnes. En 1990, Saddam envahit le Koweït. Les occidentaux le contrent : c’est la guerre du Golfe. A l’issue de cette guerre, une partie du territoire kurde va vivre sous la protection de la force multinationale et les Kurdes se mettent à espérer alors l’instauration d’un Etat fédéral.
Aujourd’hui
Le Kurdistan autonome est administré par deux partis kurdes : le PDK, Parti démocratique du Kurdistan et l’UPK, union patriotique du Kurdistan. Dans le conflit actuel, les Kurdes ont pris le parti d’aider les Américains, car ils espèrent que ces derniers les aideront à réaliser un vieux rêve qu’ils caressent depuis 30 ans : la création d’un Etat kurde indépendant qui pourrait menacer la puissance turque.Mais l’espoir pourrait se transformer une fois de plus en grosse déception.
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