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2011/04 La prostitution des mineurs : une triste réalité Imprimer Envoyer
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Localisée surtout à Bourj Hammoud et à Tripoli, la prostitution des jeunes commence au Liban dès l’âge de 10 ans. Elle touche les riches comme les pauvres, toutes nationalités et religions confondues.

 

En 1991, le gouvernement libanais ratifie la Convention relative aux droits de l’enfant et par conséquent s’engage à appliquer les normes internationales concernant la protection des enfants contre toute violence, agression ou exploitation sexuelle. Ce danger qui guette les jeunes n’est plus un sujet tabou. Les campagnes de prévention se multiplient et les médias en parlent. Les jeunes sont de plus en plus conscients de leurs droits et peuvent dénoncer le mal qui les menace.

 Le trafic des jeunes

La prostitution enfantine est le sous-thème d’une problématique plus large existant au Liban : l’exploitation sexuelle des jeunes à des fins commerciales ou le trafic des jeunes. Les victimes sont des enfants de 0 à 18 ans.  Ce genre de trafic sous-tend 3 catégories :

1. La vente d’enfants et l’exploitation commerciale de leurs organes.

2. La pornographie, ou la reproduction d’un enfant participant à des activités sexuelles réelles ou simulées, ou toute représentation de ses parties sexuelles, à des fins essentiellement sexuelles.

3. La prostitution enfantine ou l’utilisation d’un enfant dans le cadre d’activités sexuelles en échange d’une somme d’argent.

 

Les sources du fléau

Qu’est-ce qui mène les jeunes à se tourner vers la prostitution ? Pourquoi les jeunes filles deviennent-elles des filles à risque ? «Divorce des parents, violence conjugale ou à l’égard des enfants, négligence ou ignorance des parents, fuite d’une autorité très impérative, pauvreté, chômage, alcoolisme… Nombreuses sont les raisons sociales et familiales qui poussent les jeunes à se retrouver dans la rue, explique Rita Karam Fahed, assistante sociale au Conseil supérieur de l’enfance. Parfois, ce sont les parents qui abusent sexuellement de leurs enfants. Alors ces derniers deviennent des enfants à risque de prostitution. Malheureusement, dans d’autres cas, ce sont les parents eux-mêmes qui exploitent leurs enfants dans la prostitution. Sans oublier, les dangers encourus lors des soirées auxquelles se rendent les jeunes. »

 

Des faits poignants

Les faits suivants anonymes ont été reportés à des assistantes sociales ou au tribunal des mineurs.

• Une adolescente répond à un rendez-vous avec un « ami » dont elle a fait connaissance en ligne. Il l’entraîne dans un champ, la viole et l’oblige à pratiquer toutes sortes d’activités sexuelles avec d’autres hommes.

• Pour payer une dette, un père vend sa fille en la mariant à l’homme auprès de qui il est endetté. Ce dernier après l’avoir épousée, la force à travailler dans la prostitution.

• Un homme épouse plusieurs filles mineures à l’étranger, les ramène au Liban, et les oblige à travailler dans la prostitution.

• Une fille en 3e aux parents divorcés, est droguée par un drink, lors d’une soirée, enlevée puis violée. Après plusieurs semaines, elle fait une fausse couche, sans savoir qu’elle est enceinte. Cette jeune fille est de nouveau exploitée sexuellement et battue par un homme. Elle tombe enceinte une deuxième fois et subit un avortement. Lorsque la direction de son école apprend la nouvelle, elle est renvoyée au milieu de l’année scolaire.

• Une mère, proxénète, exploitait sexuellement ses filles mineures et leurs amies: le chauffeur les conduisait à des hôtels pour rencontrer des clients qui payent de grosses sommes d’argent. Ces sommes permettaient à la mère de payer les prostituées dont elle avait la charge. Ses filles étaient violentées et privées de nourriture si elles refusaient de se prostituer. Ne pouvant plus tolérer la situation, elles se sont rendues à la brigade des mœurs et ont déposé une plainte contre leur mère qui fut mise en prison pendant 3 ans.

           

Séquelles à vie

« La vie des jeunes qui sont victimes de prostitution bascule entièrement, affirme Rita Karam Fahed. Ils sont confus affectivement, ne sachant quoi faire de leurs sentiments. Ils perdent l’estime d’eux-mêmes parce qu’ils réalisent qu’ils ont perdu quelque chose de précieux qui leur appartient. Ils vivent tristes, repliés sur eux-mêmes, craignant qu’on démasque leur histoire. La société les emprisonne davantage par son regard critique et sévère et rend plus difficile leur réintégration. Même dans leurs relations futures, ils vivront un éternel dilemme: Dois-je ou non raconter à mon mari ou à mon copain, que je me suis prostituée ? Quelles conséquences si je le fais ? Me quittera-t-il ou abusera-t-il de moi lui aussi ? La thérapie pourrait être une solution. Mais rien ne pourra effacer les troubles causés par ce genre d’exploitation sexuelle. De plus, la thérapie est chère au Liban et n’est pas accessible pour tous. »

 

Protégez-vous !

• Quand vous vous sentez en danger, et que votre corps est menacé, n’hésitez pas à en parler à un adulte de confiance ou à une assistante sociale. Vous avez le droit d’être protégés, alors ne gardez pas le silence.

• Lorsqu’un cas de prostitution enfantine a été déclaré auprès de la brigade des mœurs, celle-ci place immédiatement le jeune en sécurité et mène une enquête criminelle. Par conséquent, tout parent ou adulte exploitant les mineurs est incarceré pendant 3 ans.

• Lors de vos soirées, n’acceptez aucune boisson d’un étranger. Si vous vous éloignez de votre verre, n’en rebuvez-pas, mais commandez-en un autre : quelqu’un pourrait y avoir ajouté de la drogue. Surtout, ne laissez pas seule une amie qui a trop bu mais veillez à bien la raccompagner chez elle.

 

Avis aux parents et aux éducateurs

• Établissez une relation de confiance avec les jeunes afin qu’ils se sentent à l’aise avec vous et qu’ils soient capables de vous confier un incident ou un secret.

• Renforcez leur confiance en eux-mêmes et apprenez-leur à dire « Non » lorsqu’ils sont dans une situation qui leur est déplaisante.

• Favorisez dans les écoles les séances d’éveil sexuel en collaboration avec l’assistante sociale et en présence des parents.

• Informez et prévenez les élèves de l’importance et du danger du trafic et de l’exploitation des jeunes à des fins sexuelles.

 

 

Stéphanie JABRE

 

 

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