| 2010/12 Du cèdre, mais pas uniquement... |
|
|
Le 6 décembre, on célèbre la fête de l’arbre au Liban. À cette occasion, un aperçu sur l’état de nos forêts s’imposait. Divin, majestueux, noble, robuste, impérissable… Notre cèdre raconte à lui seul la tragédie qu’endure la nature suite à l’acharnement et l’obstination de l’homme à dominer son environnement. Exploité depuis des millénaires pour la qualité de son bois et sa beauté mythique, le cèdre a payé un lourd tribut aux activités humaines. Les cédraies libanaises ont vu leur surface se réduire de 200000ha à quelque 2000ha. Portés par un élan de patriotisme, avant même d’être conscients de la valeur écologique de cet arbre, les Libanais se sont mis à sauvegarder ce qui restait de nos cédraies jadis étendues, et à reboiser les montagnes du Liban en cèdres. La biodiversité, gage de résilience des forêts Sauf que les cèdres ne forment pas à eux seuls une forêt. Par définition, une forêt c’est un lieu de vie pour des dizaines, voire des centaines d’espèces qui vivent en synergie. Qui aurait dit qu’un champignon microscopique couvrant les racines du cèdre lui confèrerait une meilleure résistance à la sécheresse et aux maladies du sol ? Qui aurait pensé qu’une insignifiante plante épineuse pourrait servir de refuge impénétrable par les chèvres pour les minuscules plantules de cèdre? Le dicton voulant qu’«il faut de tout pour faire un monde» s’applique bien à la notion de forêt qui ne trouve sa vigueur et sa résilience que par le biais d’une riche biodiversité. En termes d’arbres, hormis le cèdre, une variété absolument intéressante peuple nos forêts: sapins, genévriers, pins, chênes... Aucune espèce ne pourrait remplacer une autre, et la répartition géographique des différentes espèces d’arbres n’est pas fortuite. À chaque espèce d’arbre sa place au soleil, qu’elle réclame et occupe depuis des milliers d’années d’évolution. Chaque espèce s’est dotée de moyens de survie pour s’adapter au mieux à son environnement et y être compétitive. Un cèdre survit mal à la chaleur de la côte, contrairement au pin pignon dont les branches cèdent sous le poids de la neige en haute montagne. Les espèces exotiques ne sont pas les bienvenues Toutefois, la vie harmonieuse de ces espèces dans leur milieu naturel pourrait être mise en grand danger par l’introduction volontaire ou involontaire d’espèces exotiques (celles qui ne poussent pas naturellement au Liban). Ces puissants conquérants venus d’ailleurs, ayant parfois un potentiel de reproduction élevé, une tolérance à la sécheresse plus importante, évinceraient facilement de leur territoire nos arbres locaux et briseraient l’équilibre fragile existant en mettant en péril toutes les créatures dépendant de ces arbres, comme les oiseaux ou les rongeurs habitués à manger leur baies par exemple… L’homme appelé à la rescousse Depuis quelques années une vague verte s’étend au Liban. Des institutions publiques, des ONGs et mêmes des institutions privées s’activent à reboiser, espérant restituer la couverture forestière du Liban. Tous ces efforts sont attendus et encouragés. Dans l’attente d’un plan national fédérant tous ces efforts, une consigne simple est à respecter: «planter», c’est bien mais «planter en imitant fidèlement la nature», c’est mieux! Privilégions donc les essences locales pour restaurer nos forêts et faisons de sorte qu’une grande variété d’espèces soit utilisée. Pour conclure, il faut travailler sur trois fronts pour aider au mieux nos forêts: le premier et le plus important, c’est de sauvegarder ce qui existe déjà. Il est en effet beaucoup plus difficile de guérir que de prévenir. N’oublions pas que la nature porte en elle un potentiel formidable lui permettant de se régénérer. Donnons-lui la chance et le temps. En second lieu vient la sensibilisation de la société libanaise, du simple citoyen aux décideurs, créateurs d’emploi, gestionnaires, etc. En dernière position arrive le reboisement et la restauration des espaces forestiers. En travaillant simultanément sur ces trois fronts, l’efficacité sera au rendez-vous. Dr Magda Bou Dagher Kharrat Université Saint-Joseph et Jouzour Loubnan La biodiversité, c’est la vie ! L’année 2010 a été déclarée Année internationale de la biodiversité par l’Unesco. Au fil des mois, Junior vous présentera des articles sur la biodiversité du Liban et les activités pour la célébrer, rédigés par le Dr Magda Bou Dagher-Kharrat, professeur associé à la Faculté des sciences de l’Université Saint-Joseph. |















